Caraîbes boucaniers et flibustiers (2eme partie)
Les caraîbes possèdent donc, en cette seconde moitié du 17éme siècle, deux bases
importantes de flibustiers, la Tortue et Port Royal. L'Espagne a crée les "Armadillas",
escadres plus légères pour protéger leurs convois, qui ne naviguent plus
qu'armés, dans ces caraîbes où le danger les guette.
Le décor est en place. Sur la scène des caraîbes peuvent maintenant faire leur
entrée des hommes hors du commun, personnalités flamboyantes par leur aura et
leurs excés. De plus en plus souvent, c'est à terre dans des îles des caraîbes
comme Cuba, ou dans les villes fortifiées des Amériques, qu'il va falloir
chercher l'or.
Les flibustiers et Boucaniers des caraîbes vont se regrouper par centaines:
L'heure des grands chefs de guerre et meneurs d'hommes a sonné.En 1668
Henry Morgan avec 500 hommes prend Porto Bello en deux jours.
Contrôlant la ville, ils torturent les notables pour s'emparer de leurs
richesses personnelles et Morgan rejoint Port Royal avec 250.000 Pesos et un
impressionnant butin. Les caraîbes le reçoivent en Héros.
Jean L'Olonnais, en 1667, avec 8 navires et 400 hommes quitte les caraîbes.
Destination: côtes du Venezuela. Objectif: Maracaïbo. Après s'être emparés du
fort voyant que les habitants se sont réfugiés à San Antonio de Gibraltar, de
l'autre coté du lagon, il mène plusieurs assauts sanglants pour s'en saisir. Il
perd 100 hommes, lesEspagnols 400, dont le gouverneur, Guerrero De Sandovàl.
Craint dans toutes les caraîbes pour sa cruauté envers les Espagnols, L'Olonnais
incendie la ville après pillage, et rejoint la Tortue. Après déduction des 10%
du gouverneur, chaque flibustier reçoit 200 pièces de huit, soit 4 fois le gain
annuel d'un boucanier dans les caraîbes!
Malgré tous ses déboires aux caraîbes, l'Espagne est alors la nation la plus
riche du monde! La pièce de huit est en Argent. Unité de base de la comptabilité
Espagnole, on la symbolise par un P et un 8 entrelacés qui, à force
d'abréviations, deviendra un S barré de 2 traits verticaux! Cela ne vous
rappelle rien?
En
1683 De Grammont quitte St Dominique (Haïti de nos jours) dans les
caraîbes, et après avoir accosté avec 200 flibustiers, au prix d'une marche
nocturne à travers terre, attaque Vera Cruz au petit jour avec pour compagnon
Laurens De Graaf, boucanier Hollandais. Ils quittent la ville après l'avoir
pillée en emmenant 4000 prisonniers. 200.000 écus de rançon. Retour dans les
caraîbes sans problêmes bien que France et Espagne étaient alors en paix!
Dans les caraîbes, il était évident que les Monarchies Européennes
encourageaient, soutenaient, et donc d'une certaine manière contrôlaient les
Flibustiers. tant qu'ils furent le seul moyen d'exercer leur pouvoir dans les
lointaines caraîbes, et financérent leur colonies, et leur cassette personnelle!!
En 1670, par le traité de Madrid, l'Espagne et l'Angleterre légitiment leurs
possessions respectives dans les caraibes, et décident d'un commun accord de
mettre fin à la piraterie dans leurs territoires respectifs. Il est temps de
faire le ménage, l'épreuve de force a vécu, les choses sérieuses commencent, on
va parler business entre gens civilisés, les mercenaires des temps héroïques
font désordre, d'autant plus que l'Angleterre sent le contrôle de ces hommes sur
les mers et les îles des caraîbes lui échapper.
Les Anglais sont expéditifs une fois leur décision prise ( trait de caractère
qu'ils retrouverons plus tard dans leur colonie Américaine!) Un gouverneur
remplace l'autre, on pend, on expulse, pour finir on vote une loi: dans les
caraîbes Anglaises l'ordre doit régner.
La France fera une dernière fois appel à ses flibustiers
des caraîbes en 1689. Tentant, comme un gangster chevronné sur le retour,un
dernier gros coup avant de s'offrir une virginité de bon ton: Ce sera le sac de
Carthagène.
En 1689, la France avait le vent en poupe. La guerre dite de "La ligue
d'Augsberg" s'orientait vers une victoire Francaise aux dépends des Anglais des
Hollandais et des Espagnols. La victoire étant acquise ,il fallait vite marquer
un point qu'aucun traité de paix n'égalerait jamais, et les pirates des caraibes
étaient une pièce maîtresse, bien qu'encombrante dans un scénario que les plus
retors et sournois pirates des caraibes n'auraient pas renié.
En Mars 89, un Amiral Français, le baron De Pointis arrive dans les caraîbes,
avec dix vaisseaux de guerre. Les boucaniers en ont sept. Le gouverneur de St
Dominique posséde les siens. En tout 30 navires et 6500 hommes, soldats Français
et artillerie compris, pour une opération de capitaines d'industrie, avec des
investisseurs privés, sponsorisée par l'état et le Roi en personne! A la fin
du mois, l'expédition quitte les eaux des caraîbes, pour arriver en vue de
Carthagène le 13 Avril. La ville était bien fortifiée, mais la garnison
insuffisante, et les fortifications peu propices à se couvrir mutuellement.
Après que la flotte Français eût, grâce à un tir nourri pris position dans les
forts qui gardaient l'entrée de la baie, ils positionnérent leurs pièces
d'artillerie à terre et commencèrent à bombarder les remparts. le 30 une brèche
fut faite et une attaque des boucaniers et des hommes du gouverneur fut
repoussée.
Carthagène capitula le 6 mai. Les Français y entrèrent, et imposèrent aux
boucaniers et aux hommes du gouverneur que seule la moitié des richesses de la
ville seraient prises! Fureur des boucaniers, qui ne fit que croître quand la
part à eux attribuée fut jugée ridicule!
Nos
hommes des caraîbes, pour qui le partage du butin était toujours réglé et
scrupuleusement respecté, cimentant ainsi la solidarité, complément
indispensable du courage au combat, qui devient alors de la bravoure, bafoués,
reagirent: Le 29 Mai la flotte Française levait l'ancre : Le 1er Juin les
boucaniers étaient de retour à Carthagène. Emprisonnant et torturant les
habitants, ils prirent tout ce q'ils purent, et rentrèrent aux caraîbes .
On
aurait pu en rester là. Mais l'histoire, facétieuse, aime les symboles. La
flotte Française fut attaquée par des navires Anglais. Elle réussit à s'enfuir,
mais les boucaniers eurent moins de chance. Plusieurs de leur navires furent
pris, et la plus grande partie de leur butin perdu.
De
Pointis rentra en France avec un fabuleux butin. le Roi dédommagea les
boucaniers, mais il fut avec l'Amiral et les investisseurs le principal
bénéficiaire de toute l'affaire.
Un
nouveau Monde était entrain de naître. Un monde qui se sentait assez fort pour
étendre sa Loi sur tout l'univers. Un monde dans lequel des hommes libres et
n'obéissant qu'à leurs propres lois n'avaient plus leur place. Ceux qui
refuseraient de se soumettre allaient se voir impitoyablement exterminés. leur
réaction se devait donc, elle aussi, d'être impitoyable :
Les pirates des caraibes, seuls contre un monde, allaient faire de leur
solitude une arme redoutable. Libres enfin de toute entrave, la grande dérive de
leurs noirs vaisseaux allait hanter bien des cauchemards, mais aussi alimenter
les rêves les plus fous.
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